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Revue de presse

Argentine : peur sur les pays émergents

16 mai 2018

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Après une période très favorable, les pays émergents sont aujourd’hui sous pression. En quelques semaines la situation s’est nettement dégradé et ce pour 3 raisons : la hausse du Dollar, la politique monétaire de la Fed et la politique fiscale des Etats-Unis. Ces ingrédients posent beaucoup de questions aux investisseurs internationaux concernant leurs positions dans les pays émergents.

Comme souvent les « maillons faibles » sont les premiers à craquer !

Le premier pays sur la liste est l’Argentine. Ce pays est coutumier du fait, ce n’est hélas pas une surprise. Sous pression la Banque d’Argentine a dépensé plus de 5 Milliards de $ pour protéger sa devise, le peso. Elle a même porté ses taux courts à 40% (contre 27.5%). La raison de cette tension sur les changes est simple : la hausse soudaine et forte du Dollar est vite devenue insupportable pour les devises fragiles comme le Peso. Le mouvement a été aussi rapide et la réponse de la Banque d’Argentine si forte que cela a plutôt exacerbé la panique que calmé les spéculateurs.

La situation désastreuse de l’Argentine ne signifie pas pour autant qu’il va y avoir un désastre aussi pour les autres pays émergents. La dernière fois que l’Argentine avait abandonné son lien avec le Dollar et fait défaut sur sa dette, les autres pays émergents étaient globalement passé au travers d’une crise identique.

Aujourd’hui les craintes sont plus profondes et plus réparties à travers la planète essentiellement à cause de la hausse du Dollar et de la politique monétaire américaine. La Turquie est un bon exemple de la défiance des investisseurs : l’inflation y est galopante et les déficits extérieurs se creusent chaque mois un peu plus. Comme en Argentine, la Banque Centrale de Turquie n’est pas vraiment indépendante. Politique et sage décision de politique monétaire faisant rarement bon ménage dans les périodes difficiles, les investisseurs sont légitimement inquiets. Le Président Turc M. Erdogan envoie effectivement des ordres directs à la Banque Centrale ce qui est un signal de vente d’actifs Turcs pour de nombreux investisseurs.

Au-delà de la Turquie et de l’Argentine, l’Institut de Finance International (IFF) souligne que d’autres pays tels l’Ukraine, la Chine ou l’Afrique du Sud devraient être particulièrement sensibles à un déplacement du risque alloué par les investisseurs. Par contre, toujours selon l’IFF, la situation est meilleure que lors de la dernière crise en 2010 pour la Russie, la République Tchèque, le Brésil ou la Colombie.

La situation varie certes d’un pays à l’autre mais globalement la santé de ces derniers est meilleure : l’inflation a nettement baissé, les réserves de change ont sensiblement progressé et le niveau de la dette extérieure est devenu largement supportable.

Attention néanmoins, en effet l’histoire nous a montré qu’un choc de forte amplitude pouvait contaminer très rapidement des économies en meilleure santé. La hausse du pétrole, la « guerre commerciale » enclenchée par D. Trump sont autant de facteurs de déséquilibre. Mais le plus inquiétant pour de nombreux pays émergents est la poursuite de la hausse du Dollar concomitante à une hausse des taux de la FED. Pour résister à ce mouvement, outre les éléments déjà cités, un des facteurs discriminants le plus regardé par les investisseurs est la qualité et la stabilité de la politique fiscale du pays. Si on reprend le cas de l’Argentine ou de la Turquie on constate aussi que ce sont deux pays dans lesquels les réformes fiscales sont repoussées année après année. Ceci pourrait d’ailleurs être l’objet des négociations à venir entre l’Argentine et la FMI : une aide a été demandée par l’Argentine mais elle pourrait être conditionnée par des réformes de la politique fiscale du pays. Il semble néanmoins que la ligne de crédit d’urgence de 30 Milliards de Dollars devrait être accordée par le FMI mais la situation reste fragile.

En conclusion après des mois de redressement, les tensions sur le Dollar ont rapidement fait resurgir les fragilités de certains pays, ce qui incite globalement à une forme de prudence sur les investissements les pays émergents.